Adrien DEVALS, Evêque de Malacca |
Nous avons emprunté cette biographie de l'évêque Adrien DEVALS à la "Galerie Aveyronnaise" de Mr Jean DELMAS directeur des archives de l'Aveyron qui nous a permis de la publier, ce dont nous le remercions |
Adrien Pierre Devals, fils de Pierre Devals et de Marie Frayssinet, agriculteurs à Quincet (jadis Cne de Quins, et aujourd'hui Cne de Naucelle), naquit le 18 novembre 1882. De bonne heure, il perdit ses parents. Un oncle prêtre se chargea de son éducation. Il fit ses études au petit séminaire Saint-Pierre de Rodez et entra au séminaire des Missions Étrangères de Paris (128, rue du Bac) le 11 septembre 1900. Ses études furent interrompues par son service militaire, qu’il fit comme engagé volontaire en 1902 dans le 81ème R.I. à Rodez. Ordonné prêtre le 29 juin 1906, il partit en mission en Malaisie le 26 septembre suivant. La Malaisie conservait le souvenir et le premier tombeau de Saint-François Xavier. D'abord auxiliaire du recteur de l'importante église de l'Assomption, la principale de l'île de Penang, il en devint curé en 1912. Penang, à 800 kms de Singapour, était un des plus beaux fleurons de cet évêché. La ville comprenait 170.000 habitants de toutes races, dont une communauté de 70.000 chinois. Chaque groupe, malais, tamouls, eurasiens, européens, chinois, pour des raisons linguistiques, avait sa paroisse. La paroisse de l' Assomption était celle des européens et des chinois. Le port était fréquenté chaque année par 29.000 navires. A Penang enfin, se dressait un célèbre collège général ou séminaire dont la fondation remontait à 1665! En 1914, Adrien Devals fut rappelé en France, où il servit comme infirmier. Puis en raison de ses connaissances du chinois, il fut nommé interprète d'ouvriers chinois dans une usine de munitions. I1 retourna dans sa mission en 1920. Malgré sa robuste constitution, il souffrait d'insomnies provoquées par les chaleurs de Penang. Cet état nécessita un repos dans un sanatorium des Indes (août 1925). Il revint par la Birmanie septentrionale, fit à cette occasion l'ascension de la montagne de Maymgo que les missionnaires surnommaient la Montagne accueillante, à cause de la présence du P. Jarre. Avec deux confrères, il se rendit en août 1926 à Bangkok (Siam) pour faire quelques essais de plantation d'hévéa et il rencontra Mgr. Perros. En 1927, l'église de l'Assomption était devenue trop petite. Il la fit agrandir de telle sorte qu'elle pût accueillir 1300 personnes. Elle fut inaugurée le 5 août 1928. La voûte, selon une technique nouvelle, était en ciment armé et servait directement de toiture. Il restaura aussi spirituellement sa paroisse et fut à l'origine de l'ouverture de plusieurs écoles. Cependant, en 1932, sous l'effet de la propagande communiste, dont les étudiants chinois se faisaient les agents, des troubles éclatèrent à Singapour. Les étudiants chinois prétendaient élire leurs professeurs. Ils s'attaquèrent aux églises, saccagèrent la cathédrale. Le gouverneur anglais maintint l'ordre et pour contrer l'influence chinoise ordonna l'enseignement du malais dans les écoles à l' exclusion des autres langues. De nouveau atteint dans sa santé, le P. Devals dut revenir en France et en profita pour se rendre en pèlerinage à Lourdes et pour voir sa famille. Nommé
évêque de Singapour, il fut sacré dans son église de
l'Assomption le 15 avril 1934 par Mgr. Perros, vicaire apostolique de Bangkok
(Siam). Ce fut une magnifique cérémonie qui provoqua l'enthousiasme de la population
chrétienne, mais aussi des non chrétiens. Aussitôt
après son sacre, il entreprit dans son diocèse une grande tournée de
confirmation. Il reçut partout un accueil chaleureux.
Le Bulletin des Missions Etrangères en rend compte
: «
Les discours en anglais, en chinois, pleuvent
comme tuiles par grand vent.
Monseigneur, en bon rouergat qu'il est,
tient tête bravement. Dans ces
joutes oratoires, c’est
toujours lui qui a le dernier mot ».
Il gardait son
bon sens et son humour: « Je
suis encore peu habitué à tous
les habits épiscopaux, je prends
de bonnes suées,
écrivait·il à
son frère. On s'y
habituera, j'espère, à la
longue.» En 1935, i1 fit venir les petites sœurs des pauvres. En 1936 il créa 1'hebdomadaire Malaya catholic leader, fonda un couvent de rédemptoristes australiens et un autre de carmélites (à Singapour). Aidé par un brahme converti, qui parlait le tamoul, il développa l'action catholique. Lors de 1a déclaration de la guerre de 1939, les missionnaires mobilisables devaient partir en Indochine. Mgr. Devais obtint pour eux un sursis. La rapidité des évènements et la défaite de la France rendirent cette mobilisation inutile. «Nous sommes tous ici avec les Anglais et ne voyons d'espoir qu'en leur victoire pour le relèvement de la France et la liberté de l'Europe» (lettre du 27 décembre 1940). Il manifesta d'ailleurs tout au long de la guerre des sentiments patriotiques, hostiles à l'occupation. Puis ce fut l'isolement. Les Japonais occupèrent l'Indochine. La Malaisie, dépendant de la Grande-Bretagne, se militarisait. Depuis 1938, la France avait cessé d'envoyer des missionnaires. Heureusement, un clergé autochtone ou chinois prenait la relève. Le 8 décembre 1941, les Japonais bombardaient Singapour. Le courage de t'évêque en imposa à tous. Puis les Japonais occupèrent le pays. Dans leur organisation, ils cherchèrent à séparer les groupes nationaux et en particulier les Européens. Ils regroupèrent les Européens catholiques et des autochtones dans une colonie agricole à Pahau, dans l'état de Négri-Sembilan. au Nord de la Malaisie et ils les mirent sous l'autorité de Mgr. Devals (1944). Les Japonais, tant les militaires que les autorités administratives, ménageaient l'évêque, à la fois parce qu'il les forçait au respect et parce qu'un modus vivendi paraissait à l'occupant préférable à des tensions, qui les auraient obligés à un maintien de l'ordre incessant. Ils lui témoigneront même à la fin de sa vie des délicatesses, qui en temps de guerre n'étaient pas dans leurs habitudes. Devenu défenseur matériel des catholiques, l'évêque fut un administrateur sévère, n'hésitant pas à donner l'exemple et à payer de sa personne. Il le fit jusqu'à la mort. En novembre 1944, une piqûre d'insecte à la jambe s'envenima. Cet accident survint lors d'une attaque de malaria. La fatigue et une crise de diabète aggravèrent les effets du mal : un ulcère se développa. On le transporta à l'Hôpital Central de Seremban. Chacun l'entoura avec respect et vénération. Les Japonais prenaient tous les jours de ses nouvelles. Il mourut le 17 janvier 1945. Aussitôt, en manifestation d' hommage, les autorités japonaises offrirent 10.000 yens à la colonie. Le corps de l'évêque fut enseveli à Singapour en présence de ces mêmes autorités et d'une foule immense . Son successeur fera son éloge, saluant « son courage, sa noblesse de caractère, son admirable charité et son zèle débordant, .. Mgr. Devals s'était imposé aux Japonais envahisseurs. Nous pouvons dire qu'il a sauvé l’Église et ses œuvres sur ces rivages» En dix ans, il avait introduit en Malaisie cinq congrégations nouvelles, construit des églises et des écoles, ordonné 24 prêtres. Son zèle était ardent. « Tout le reste ne comptait pas, ni les peines, ni sa santé, ni les soucis. Dieu sait s'il en a eus surtout durant la guerre de l'Occupation. »
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(Sources:
Ces lignes doivent beaucoup à
Mr 1e Bâtonnier
J. Baudy de Geyer, qui a composé
sur Mgr. Devals,
à
partir de
sources privées, une biographie
plus
développée et inédite.
Je lui dis toute ma gratitude de m'avoir permis de l'utiliser ; renseignements fournis par le P. Archiviste
des Missions Étrangères de Paris ; Archives départementales
; Philippe Meissonier, dans Échos Missionnaires janvier-février 1947
; Bulletin des Missions Étrangères,
1926-1934. Jean Delmas |