Jules de Comeiras

1/  Sa thèse
  
2/ Sa vie
 
3/ Itinéraires

 

I- Sa Thèse

1/ Références de la thèse :
Jules de Comeiras, Topographie médicale de l'archipel de la société,
Thèse pour obtenir le grade de docteur en médecine, 116., Faculté de médecine de Montpellier, (2 août1845)
De Comeiras Jules Raymond Auguste, né à Rodez , chirurgien de 2ème classe de la marine au port de Toulon, thèse pour obtenir le grade de docteur en médecine (Barret C. comm. pers.)

         2/ Résumé des 3 premières parties : Le pays sa flore, faune,climat, pathologie observée

« .. la thèse .. comprend 4 parties :   1/ description du pays. la flore. la faune . les hommes. Morphologie, alimentation, boissons, vêtements, gymnastique (sic), goûts, penchants, moeurs, caractères, occupations. La population est de 7 à 8000 personnes contre 120000 d'après les récits de Cook.   2/ pathologie observée (page 53 à 86) Les termes de vocabulaire ci-dessous (et l'orthographe) sont repris à l'identique de l'ouvrage. débauche.   - obésité ++ - les exanthèmes cutanés - tempérament spermatique "prédisposition à la fréquence de l'acte vénérien"   - Les femmes sont à Taïti 4 ou 5 fois plus nombreuses que les hommes . Dans une famille de 10 enfants l'on peut compter en général 8 filles pour 2 garçons.   - Beaucoup de pratiques abortives.   - Varices et hémorroïdes sont fréquents dans l'archipel.   - Ce qui frappe au premier coup d'oeil le voyageur qui arrive à Taïti c'est la propreté de ses habitants. Suffisamment vêtus pour la chaleur du climat ils ont dû à l'usage des vêtements la cessation de plusieurs maladies qui affligent les autres indigènes des îles de l'océanie. l'habitude de se baigner si fréquemment, de ne plus s'oindre d'huile de coco, de porter des vêtements propres et souvent lavés les a préservés d'une foule d'éruptions dont la peau était le siège de prédilection.   - la gale : rare. Ne se rencontre que chez les naturels qui ont eu des rapports récents avec les étrangers (baleiniers principalement)   - syphilis : les affections vénériennes par leurs nombre, variétés et leur fréquence doivent venir en première ligne dans la nosographie de Taïti. l'importation remonte à Cook ou à Bougainville. Urétrites et leurs complication (teopi) sont très fréquentes. Vaginites -chancres-bubons-ulcérations du col de l'utérus-rhagades à l'anus-fissures, fistules stercorales, etc...   Un petit mot sur les médecins (anglais) de l'île qui abusent de prescriptions mercurielles à doses énormes (vendues à des prix exorbitants) , hydrargyrisant le patient de sorte que la santé du patient est beaucoup plus délabrée qu'avant le traitement . Récit de cas pratiques des méfaits de nos confrères anglais (NDA : heureusement que l'auteur de la thèse intervenant ensuite a pu rétablir la santé de ces patients avec une thérapeutique adéquate !!!) C'est aux maladies vénériennes que nous attribuons la dépopulation de l'archipel de la Société.   - variole : épidémie en 1842 (due à un charpentier anglais). Presque tous ceux qui furent atteints périrent sans secours . Quelques mois après le vaccin fut importé de Sydney. difficulté à faire accepter le vaccin par la population.   - Rhumatismes : fréquents - tumeurs blanches   - éléphantiasis : très fréquent à Taïti . Un assez grand nombre d'indigne d'un certain âge sont atteints . Nous ne l'avons jamais observé chez les femmes. N'occupe généralement qu'une seule jambe qui ne tarde pas à acquérir des proportions effrayantes   - affections pulmonaires fréquentes : bronchites. pneumonie. catarrhes bronchiques parfois accompagnés de convulsion. phtisie pulmonaire surtout depuis l'importation de nos maux d'Europe.   - affections abdominales : dysenterie. diarrhée. - maladies scrofuleuses - hydropisies - rachitisme : en assez gd nombre qui frappe l'observateur d'autant mieux que dans les autres archipels de l'Océanie nous n'avons jamais rencontré une pareille infirmité   - pieds bots   - ophtalmies : le climat de l'île n'est point de ceux qui prédisposent à ce genre de maladies   - aliénations mentales : fort rares »

       
3/ De la médecine et de la chirurgie : l'art de guérir
C
'est l'essentiel de ce qui fait l'intérêt de cette thèse (pages 87 à 116) . Nous n'en donnons que le préambule

L’art de guérir a été, de temps immémorial, cultivé dans la contrée que nous venons d’étudier. Il était le monopole d’une classe nombreuse, autrefois riche et jouissant de nombreux privilèges. La médecine était assez simple, et se composait d’une foule de recettes qui, par voie de tradition, arrivaient d’une génération à l’autre, sans jamais être altérées. Ces secrets restaient dans l’intérieur des familles, et devenaient, pour ses membres, un moyen de s’enrichir. Un malade qui échappait à un danger imminent, donnait en cadeau des poules, des cochons, des pirogues, ce qu’il avait de plus précieux. Aujourd’hui, le crédit des médecins indigènes a de beaucoup baissé, depuis que des praticiens européens sont venus se fixer dans la contrée ; néanmoins, les premiers font encore des bénéfices assez considérables et les réalisent toujours en numéraire. Les secrets qui composaient tout l’art étaient toujours appris par le père à son fils : c’était l’héritage qu’il lui transmettait.

     Les femmes des médecins étaient généralement au courant des recettes ; la mère de celui que je consultais habituellement, et dont le père était cité comme le plus habile médecin de tout l’Archipel  lui donnait souvent des renseignements sur les faits que je voulais connaître. Il y avait autrefois à Taïti des indigènes qui avaient fait une étude approfondie du corps humain. Le père du médecin auquel je dois la plus grande partie de ces détails (Tehau, c’est son nom), était cité comme l’un des meilleurs anatomistes du pays ; il avait des connaissances assez étendues sur tout ce qui constituait la structure des organes. Le fils, et lui-même m’en a fait l’aveu, avait beaucoup perdu par la mort de son père, dont les conseils lui étaient fort utiles ; bien loin de connaître l’anatomie comme l’auteur de ses jours, il n’avait étudié lui-même que l’ostéologie, qu’il possédait au reste assez bien, donnant des noms non seulement à tous les os, mais aux articles, apophyses, cavités, faces ; l’on voyait clairement qu’il en avait fait l’objet d’une étude spéciale. Je n’ai pu m’assurer que jamais son père eût fait des ouvertures de corps, car tout en se rappelant en avoir entendu parler, ses souvenirs étaient confus sous ce dernier rapport. Pour ce qui le concernait, n’ayant jamais désiré se livrer à des dissections, il n’avait pas l’air d’y attacher une trop grande importance. L’on connaissait autrefois, dans le pays, des traditions cadencées sur le corps humain, où il était question de toutes les parties, de leur conformation, de leur position respective ; l’intérieur même des organes se trouvait décrit dans ce travail : ceci prouve qu’ils ont connu et cultivé l’anatomie. M. Morenhout, ex-consul de France, a eu à sa disposition un curieux manuscrit, sur lequel ces traditions étaient décrites ; nous n’avons jamais pu nous le procurer, malgré tous nos efforts. Tous les médecins de la contrée connaissaient l’anatomie, ou du moins l’ostéologie ; ils allaient ramasser les os dans les moraïs pour se livrer à leurs études. Aujourd’hui que l’on enterre les morts dans tout l’Archipel de la Société, les praticiens indigènes ne peuvent plus cultiver cette branche de l’art de guérir ; aussi le nombre des adeptes diminue-t-il tous les jours, bien entendu que celui des médecins européens croît dans la même proportion. L’art des accouchements se fait à Taïti par des matrones qui sont en général femmes de médecins ; nous verrons plus loin leur manière de procéder.

     Les praticiens des deux sexes, dans la contrée, nous ont paru posséder des connaissances assez étendues sur la botanique. Nous verrons bientôt que leurs prescriptions comprennent un assez grand nombre de végétaux ; ces derniers sont souvent cultivés près de la demeure des médecins, mais en général les plus actifs se trouvent dans l’intérieur du pays, à une grande distance, quelquefois même au sommet des montagnes les plus abruptes. Ils reconnaissent ces plantes avec la plus grande facilité, et ne commettent jamais de méprise dans leur emploi médicinal.

Autre titre concernant J. de Comeiras :

Bahu, Jean Dominique. - Cahiers médicaux de J. de Comeiras, chirurgien principal de la flotille de Chine, de 1855 à 1860.... – Thèse de Médecine : Nantes : 1983. – 2940
(http://www.bu.univ-nantes.fr/sante/histoire/med-nav.html)

II Sa vie
Eléments extraits de la thèse du docteur Jean Dominique BAHU (références ci-dessus)

C’est le 25 Juillet 1816 que nacquit à RODEZ, RAYMOND, Henri, Jules, Jacques, Auguste DE COMEIRAS, fils de Maximilien de COMEIRAS, avocat, et de Sophie, Jeanne GRANIER.

 Il passa son enfance à Rodez, puis arrivé à 21 ans il fit fonction de Chirurgien auxiliaire 3ème classe pendant trois mois en Méditerranée sur “l’Iphigénie” après avoir passé les concours d’entrée à Toulon. Le 19 Janvier 1838, il passa avec succès le concours devant le Conseil de Santé de la Marine de Toulon et devint Chirurgien entretenu de 3ème Classe. Il servit à terre à l’hôpital de Toulon jusqu’au 9 Septembre 1838.

 Le 9 Septembre 1838, il embarqua comme Chirurgien Major sur la gabare “Le Vulcain” qui devait participer à 1’expédition du Mexique avec le Contre-Amira1 BAUDIN : lors du bombardement de St Jean d’Ulloa, il fut atteint de fièvre jaune.

Pendant cette guerre, il exerça sur la corvette-hôpital “La Fortune”. Il revint à Brest sur celle-ci le 8 Juillet 1839.

De 1839 à 1841, il passe ces deux années entre l’hôpital de Toulon et l’exercice à bord de l’escadre de Méditerranée.

 Le 12 Juillet 1841, il passe avec succès le concours de Chirurgien 2ème classe.

 Le 9 Novembre 1841, il embarqua sur la Corvette “La Boussole”, pour les mers du Sud et la station des Marquises et de Tahiti.

Il en revient le 7 Avril 1845 avec le sujet de sa thèse de Docteur en Médecine. Il sera proposé par l’Amiral DUPETIT—THOUARS à la décoration de la légion d’honneur quelques temps après.

 Pendant les mois d’Avril et Mai 1845 il passa les examens relatifs à sa thèse de Médecine à la faculté de Montpellier.

 De Juillet 1845 à Décembre 1846, il exerça alternativement en Méditerranée, à Toulon, à Brest puis revint à Toulon.

 Du ler Décembre 1846 au 24 Mai 1847, il fit un voyage à Ste Hélène sur la frégate “La Reine-Blanche”.

 Il se marie à Toulon le 1er Juin 1847 avec Anaïs LABOREL.

 Le 10 Mars 1848, il obtint le grade de Chirurgien lère classe après concours.

 Il resta basé à l’hôpital de Toulon jusqu’en Novembre 1850. Puis il obtint un congé d’un an pour étudier les Sciences à Paris.

 D’Août 1851 à Septembre 1853, il exerça à Terre, à Toulon, Rochefort puis à Toulon.

 De la Fin Novembre 1853 au 3 Octobre 1854, il exerça dans la station des Antil1es sur “l’Iphigénie”. Peu après il fut proposé pour la croix d’officier de I’Ordre Impérial de la Légion d’Honneur.

 Du 3 Octobre 1854 au 1er Mars 1855, il exerça à terre à Toulon.

 Du 1er Mars 1855 au 23 Octobre 1855, il participa à la guerre de Crimée sur le “St Louis”.

 Du 23 Octobre 1855 au 19 Septembre 1856, il exerça à terre à Toulon et devint Chirurgien Principal, puis exerça à Brest.

 Du 1er Octobre 1856 au 19 Janvier 1857, iI exerça à bord de la Némésis qui était en rade de Toulon, et qui faisait partie de l’expédition de Rigault de Genouilly en Chine et en Cochinchine. Celle-ci partit le 19 Janvier 1857 et Mr de COMEIRAS dirigea le service médical dans ces colonies jusqu’à fin Mai 1860, date à laquelle il fut remplacé par le Docteur LAURE, pour cause de dysenterie. Pendant cette campagne, il fut promu au grade d’officier le 27 Février 1858, à l’occasion de la prise de CANTON. 

 Après cette expédition, malade il resta à Toulon et en Méditerranée. Le 25 Avril 1862, souffrant de dysenterie grave, d’amaigrissement, de faiblesse musculaire avec anémie, il prit un congé de 2 mois pour aller faire une cure à Amélie-les-Bains.

 Le 17 Août 1862, il renouvella son congé pour quatre mois.

  Le 2 Juin 1863, il mourut de sa longue maladie à bond du yacht Impérial : “L’Aigle” alors qu’il faisait son service. Raymond de COMEIRAS avait servi la Marine pendant 25 ans.

 Ci-dessous, l’article qu’il rédigea lors de la prise de CANTON (28 Décembre 1857) et qu’il adressa à la revue “l’Illustration”

 Prise et Occupation dela ville de CANTON

 La France a une page glorieuse à ajouter à son histoire. CANTON que les barbares n‘avaient jamais souillé et qui compte 800000 habitants a été enlevée par un éclatant fait d’armes qui fait le plus grand honneur aux chefs qui l’ont conduit et dirigé. Les forces combinées de France et d’Angleterre s’étaient préparées à l’attaque qui devait s’effectuer simultanément par terre et mer. Le “Phlégéton” “la Dragonne”, “La Mitraille”, “La Fusée, “L’avalanche” et “Le Marceau”, s’étaient embossés sous les murs de la ville et à très petite portée. L’Escadre Anglaise, forte de 25 navires, complétait la ligne d’embossage et menaçait la grande cité de sa puissante artillerie. Le 28 Décembre 1857, à la pointe du jour, un feu ter­rible était ouvert sur la ville. Cette ceinture de feu qui foudroyait l‘orgueilleuse cité avait un effet saisissant. L’incendie ne tarda pas à se déclarer sur plusieurs points. A 10 Heures du matin, l’Amiral RIGAULT DE GENOUILLY descendait à terre avec son état major, il ne tarda pas à être rejoint avec le Général Anglais Straubenzée. Ces deux officiers généraux s’étaient déjà rencontrés sur un autre champ de bataille et avaient assisté à toutes les péripéties de la guerre de Crimée. Nos troupes débarquèrent vers 10 heures et demi du matin. Quelques anglais occupaient depuis la veille l’emplacement choisi pour la descente à terre.

III.Itinéraires

Corvette à Vapeur "La boussole"

Années 1841 à 1845 : villes visitées

Toulon, Algésiras, Cadix, io de Janeiro, Valparaiso, Anna Maria (Ile Nukuhiva), Port de Nakilaku, (Ile Tauata), Papeete (Ile Taïti), Valparaison, Papeete (2ème fois), Honolulu,Mas Atlan (Mexique), Acapulco, Realego, Panama, Valparaiso(3 ème fois), Callao (Perou), Nakitaku ( Ile Taouata), Papeete, Valparaiso (4ème fois), Rio de Janeiro, Toulon (France)

 Haut de page