CHAPITRE I
Le Port d’Agrès
Le Site
Vers le nord-ouest du département de l'Aveyron, formé de l'ancienne province du Rouergue dont il reproduit presque les limites, non loin du Lot et du Cantal, se trouve une région où la nature forme les plus étranges contrastes. Avec sa riante plaine, ses gorges resserrées, ses hauteurs aux massives carrures, Agrès, couramment appelé Le Port d'Agrès, offre un panorama dont le pittoresque et le charme pourraient, dit - on, rivaliser .avec les beaux sites de la Suisse. Pus qu'ailleurs, en effet, la variété qui caractérise notre grand département a laissé sa vigoureuse empreinte d'un ensemble remarquable. D'un côté, ce sont les derniers contreforts escarpés ou en pente douce des montagnes boisées au pied desquelles le Lot étend son cours, lentement, comme si les eaux ne s'éloignaient qu'à regret du beau pays qu'elles arrosent. De l'autre, les coteaux aux courbes accentuées ou nonchalantes où s'agrippe la vigne aspirent à flots les rayons du soleil. Tel est l'encadrement de la belle et fertile plaine du Port d'Agrès que le Cadastre de 1651 nomme la paroisse de la rivière par opposition à la paroisse des puechs, c'est-à-dire des hauteurs. Au fond de ce paysage, et le dominant à l'égal d'un suzerain, le château de Gironde, comme une protection ou une menace, avec ses murs de pierre fauve, détache son imposante silhouette. De sa base jusqu'au Lot, le chevauchement des rocs aux formes fantastiques dans la verdure des alentours ressemble à un troupeau préhistorique figé là subitement par un maléfice; dentelées ou taillées à pic comme par la pioche de quelque géant, se dressent leurs cimes presque arides. Plusieurs fois séculaire, la bâtisse féodale recèle dans ses murs un peu de cette émanation mystérieuse qui survit aux êtres disparus; elle rappelle encore le souvenir d'une organisation sociale qui ne fut ni sans grandeur ni sans calamités, et qui a pris fin sous les coups de la Révolution. Tout proche de l'antique manoir, la chapelle de Gironde paraît de loin attachée à ses flancs, comme pour en tempérer l'austère sévérité. Le Port - d'Agrès, section de commune de Saint- Parthem, canton de Decazeville, est entouré des paroisses de Flagnac, Almont (1), Saint-Parthem, Saint-julien-de-Piganiol, Saint-Santin et Livinhac-le-Haut; cette dernière ainsi mentionnée par l'historien Alexis Monteil « Petite, mais agréable plaine de Livignac. C'est un morceau de la Touraine, tombé au milieu de ces pays agrestes. La fertilité du terrain y est si grande qu'on peut cultiver en plein champ les plantes les plus délicates des jardins » (2).
(1) On écrit fautivement aujourd'hui Almon. Le plus élémentaire manuel de toponymie aurait appris qu'il faut écrire Almont, c'est-à-dire mont élevé, Altomonte mentionné en 976 dans le Cartulaire de Conques. (2) A. MONTEIL., Description du département de l'Aveyron, Rodez, 1802, tome I, p. 67.
De l'affluent de la Garonne qui embellit et fertilise la région, la plupart n'en savent que le nom; par contre, les riverains ne liront pas sans intérêt les quelques données géographiques qui suivent. Le Lot, de son vrai nom Olt (Oltis des auteurs latins), prend sa source à 1.499 m. d'altitude, au pied du mont Lozère, dans les roches du Goulet, près du Blaymard. Il arrose Mende, reçoit la Coulagne, contourne une partie des monts d'Aubrac et de la Viadène, et entre dans-le département de l'Aveyron un peu en amont de Saint – Laurent - d'Olt. Il baigne Saint-Geniez, Saint - Côme, Espalion et Estaing. A Entraygues, le Lot reçoit la Truyère, principal affluent de la rive droite, « qui passe pour la rivière la plus sauvage de France » (1), devient navigable et prend son nom moderne de Lot. A 1 kilomètre, en aval de Grandvabre, au pont de Coursavy , face au village des Cazelles, il se grossit du Dourdou, l'affluent le plus considérable de la rive gauche, arrose Saint-Parthem, les plaines du Port - d'Agrès, de Flagnac et de Livinhac-le-Haut, contourne le bassin houiller de Decazeville, longe de Penchot à Capdenac la ligne du chemin de fer. Il fertilise ensuite Saint-Julien d'Empare et La Madeleine, et quitte le sol de l'Aveyron aux environs de Salvagnac-Cajarc. Après de nombreux méandres dans le Quercy, où il s'alimente encore du Célé, le Lot arrose Villeneuve-sur-Lot, et se jette dans la Garonne à Nicole, au-dessous d'Aiguillon, à 21 m d'altitude. Son parcours dans notre département est de 152 kilomètres, et la différence de niveau entre le point d'entrée (514 m. 17) et le point de sortie (144 m.) est de 370 m. 17, ce qui donne une pente moyenne de 2 m. 37 par kilomètre.
(1) Urbain ATHANE, Précis géologique du département de l'Aveyron,. p..88, Rodez, Carrère, 1924.
Les rivières étaient jadis les routes marchantes utilisées pour la navigation et la traversée. Indépendamment des barques des particuliers, on se servait de bacs, bateaux longs et plats réunis par une poulie glissant le long d'un câble tendu d'une rive à l'autre. La rareté des ponts les avait multipliés pour le passage des personnes, animaux et charrettes. Le bac du Port -d'Agrès est signalé à la même époque que celui des Pélies, commune de Grandvabre. Une transaction du 20 novembre 1453 entre noble Astorg d'Escaffre, seigneur de Carègues, paroisse d'Agrès, habitant le Trioulou, diocèse de Saint-Flour et noble Antoine de Castelnau de Calmont baron de Saint-Santin, reconnaît que le premier a le droit de lever 3 émines de sel sur le Port - d'Agrès, le pontanier et celui qui tient le bac et d'autres redevances féodales (Arch. dép. E 608). En 1791, les bacs de la région étaient au nombre de sept : Les Pélies, Agrès, Lacombe, Livinhac-le-Haut, Penchot, Bouillac et Capdenac. A la question des bacs se rattache celle des péages, droit perçu dans les lieux déterminés sur les personnes passant par certains chemins ou traversant les rivières ou les ponts et les bacs. Le 3 février 1737, Jean Dufau, seigneur baron de Saint-Santin, demeurant en son château de Lafon, afferme à Pierre Héliès le port et passage du Port -d'Agrès avec tous les droits et profits qui en dépendent, moyennant 299 livres 10 sols par an. La navigation du Lot en 1865 est mise en relief par le tableau suivant d'après lequel le Port -d'Agrès avait à lui seul un tonnage supérieur à celui des autres ports réunis avec un nombre de bateaux sensiblement égal.
D'après un Mémoire d'Ysarn de Freissinet et de Pons de Caylus (Arch. dép. G 98), « le commerce d'Entraygues à Bouillac consiste en merrein de chesne, et depuis peu d'années en merrein de hêtre ». Le Port d'Agrès servait de port d'embarquement au merrain qui descendait d'Auvergne. L'importance du trafic du vin chez nous est ainsi mentionnée « Toute l'étendue du pays, à l'orient et au midi d'Aurillac, manque non seulement de vin, qu'on va chercher sur les rives du Lot depuis Le Port d'Agrès jusqu'à La Madeleine et Cajarc » (2). En 1831, 1.200 charretées de vin passaient le Lot au bac du Port d'Agrès pour se rendre en Auvergne (Arch. dép. série S. Bac d'Agrès).
Le 25 mars 1836, fut adjugé au sieur Belinac la construction d'un
pont suspendu au Port d'Agrès « en une seule travée de 90 mètres
d'ouverture ». Contemporain du pont suspendu de Livinhac inauguré le
6 janvier de la même année (3), le pont d'Agrès devait faciliter les
communications entre l'Auvergne et le Bassin Houiller.
(1) Emile VIGARIE, Esquisse générale du département de l'Aveyron, I, p. 96. Rodez, Carrère, 1927. (2) Gustave SAIGE et comte de DIENNE, La Vicomté de Carlat, I, p. 762. Imprimerie de Monaco, 1900. (3) DE BARRAU, Galerie des Préfets de l'Aveyron, II, p. 248 et suivantes.
Ce pont suspendu fut remplacé en 1925 par un pont en béton armé à trois articulations avec bielle pour un montant de 350.000 frs, Sous la direction de l'entrepreneur Boussiron et du chef de chantier Garenne, les travaux commencés en février prirent fin en novembre. Les épreuves faites le 1erdécembre permirent de conclure à l'absolue solidité du pont (1). Il n'eut qu'une existence éphémère, car il fut victime de la guerre 1939-1945. Le chef de la résistance aveyronnaise, M. Freychet, avait prévu que les Allemands se replieraient en direction du nord. Les occupants du département et les blindés stationnés dans la région de Caylus (Tarn-et-Garonne) reçurent l'ordre de battre en retraite sur l'itinéraire Aurillac, Saint-Flour, Le Puy. Les maquis du Nord-Aveyron commandés par le colonel Journet avaient reçu mission d'empêcher les fuyards de franchir la coupure du Lot. Une colonne légère allemande vint reconnaître les itinéraires. Le 10 août 1944, des motocyclistes arrivaient jusqu'au Lot par Decazeville. Le commandant écossais Mac Pherson dont l'Etat-major arrivait à Saint-Céré (Lot), pris d'une véritable folie de destruction décida de faire sauter les ponts sur le Lot. Il commença par Coursavy et poursuivit par les ponts de La Cadène et de Bouillac. Ces destructions étaient parfaitement inutiles et il fallut aller jusqu'à la menace pour empêcher le major écossais de détruire les autres passages de la Truyère et du Lot jusqu'à Saint-Côme. Le colonel Benoît sauva lui même le pont de Livinhac en enlevant le crayon du dispositif d'amorçage. Il arriva trop tard au Port - d'Agrès, et le 1l août, à 6 heures du soir, le pont s'effondrait. La circulation fut alors déviée par la route de Livinhac, et un bac assura la traversée du Lot, permettant ainsi de dépanner notre région. Un nouveau pont fut construit, comme le précédent, par l'entreprise parisienne Boussiron. Les essais concluants du 4 août 1948 le livrèrent immédiatement à la circulation, l'inauguration officielle eut lieu le 6 juin 1949.
(1) Ch. DANTIN, Pont-route en béton armé sur le Lot à Port -d'Agrès (Aveyron). Paris. Le Génie civil, 1928, in-8, 15 pages avec figures.
Entrée dans l'Histoire
Si l'on remonte aux principes topographiques des lieux habités, on estimera que la vallée du Port d'Agrès a pu être très anciennement cultivée. Les tribus primitives s'arrêtaient par groupe pour se fixer aux rivages où la facilité du travail, la fertilité du sol, l'exercice de la chasse et de la pêche leur promettaient des moyens de subsistance. C'était l'opinion du regretté Camille Couderc, originaire de Livinhac, chargé de cours à l'Ecole des Chartes : « Je considère qu'en raison de sa situation sur le Lot, à un endroit où la rivière coule au milieu de deux belles plaines, le Port d'Agrès a dû être habité de très bonne heure ». Ce qui n'est qu'une probabilité pour l'époque celtique devient une certitude pour l'époque gallo-romaine. . L'occupation romaine, près de cinq siècles, a laissé en Rouergue de nombreuses traces de centres de population: urnes, amphores, monnaies de bronze, d'argent ou d'or, briques à rebord trouvées à diverses profondeurs et quelquefois en plusieurs couches. Ces fragiles débris ont duré plus que l'empire qui avait absorbé tous les autres. Contemporains de ce colosse qui dominait l'univers, ils lui ont survécu pour attester son existence fugitive et sa grandeur évanouie. Mais s'il n'est guère de localité dont l'existence à cette époque soit établie par des documents authentiques, il en est tout autrement si nous faisons appel à la philologie et à la linguistique aveyronnaise. Les recherches d'étymologie mènent à des résultats réels et parfois considérables pour l'histoire. L'origine des mots, leurs éléments, leur formation, leurs applications successives contiennent des secrets précieux sur la vie des générations éteintes, et constituent de véritables documents historiques pouvant servir à compléter les annales écrites, et quand elles font défaut, à en tenir lieu clans une certaine, mesure. De fait, les noms de lieux habités n'ont pas été généralement aussi modifiés que les mots du langage courant; ils gardent mieux que les termes usuels le souvenir de l'époque qui les a vu naître. Un groupe est susceptible, plus que tout autre, de se plier à la recherche que nous tentons. Chacun a remarqué la fréquence de la terminaison « ac » dans les localités aveyronnaises; on en en compte plus de 600. Les Gallo-Romains firent suivre le nom de personne du suffixe « acum » pour désigner le domaine de celle-ci : Marcillac, Marcelli-acum; domaine de Marcellus. « Suivez la vallée du Lot, de Saint-Parthem à Salvagnac-Cajarc. Vous serez frappés du nombre des lieux habités portant des noms en « ac », - villages, hameaux et châteaux - qui se succèdent le long de la rivière à des intervalles assez réguliers. On ne peut pas considérer qu'il y ait là un phénomène fortuit. Il faut voir dans cette série de toponymes, qui font partie de la même couche historique, la preuve d'une intense occupation de la vallée à l'époque romaine » (1). Si nos grandes villes ont pour origine les antiques oppida celtiques, la plupart de nos paroisses et de nos communes rurales ne sont que les domaines des grands propriétaires romains dont elles conservent encore le nom et peut-être même les limites primitives. Nos Flanhac et Livinhac sont autant de Flaviniacum et de Liviniacum, bien-fondés d'un Flavinius et d'un Livinius.
(1) Alexandre ALBENQUE, Les Rutènes, Carrère, Rodez, 1948, p. 224.
Vers 1870, l'abbé Cérès, archéologue distingué (1814-1887) fut avisé que dans les champs de La Lande, entre Livinhac et le château de Marcenac, on avait découvert des débris de poteries dont plusieurs charretées avaient été jetées au Lot. Il put cependant recueillir sur des tas de pierre des antéfixes qu'il offrit à la Société des Lettres, et dont la fabrication soignée annonçait évidemment une construction somptueuse de la belle époque des empereurs romains (1).
La proximité du Port d'Agrès avec Flanhac et Livinhac permet d'avancer que nous sommes comme ces deux localités, fils et petits-fils de Romains et de Gaulois.
Autour des origines chrétiennes
« C'est pendant la période (313-476) que le christianisme s'est implanté dans les campagnes de la Gaule et que les paroisses rurales ont reçu une organisation complète » (2). M. le chanoine Griffe, professeur d'Histoire ecclésiastique à l'Institut Catholique de Toulouse nous donne sa pensée au sujet des plus lointaines origines de l’Eglise de France. « Ces origines, dit-il, remontent aux missionnaires orientaux qui vinrent à Lyon vers le milieu du IIe siècle et qui se rattachent aux successeurs immédiats des premiers témoins du christianisme. Leur œuvre d'évangélisation s'est continuée sans interruption et avec un tel succès que, dès les IIIe et IVe siècles, l'Eglise a pu s'épanouir largement et s'installer solidement sur le sol de la Gaule ». Le même auteur estime que « le IVe siècle a été peut-être le siècle le plus fécond et le plus heureux de notre histoire religieuse, puisqu'il a fixé, pour les siècles à venir, les traits essentiels de la Gaule chrétienne » (3)
(1) Procès-verbaux de la Société des Lettres de l'Aveyron, VII (.1869), p. 99. (2) Abbé Louis SALTET, Histoire. de l'Eglise, Paris, de Gigard, p. 88. (3) Chanoine GRIFFE, La Gaule chrétienne à l'époque romaine, 1. Des origines chrétiennes à la fin du IVe siècle. Paris, Picard.
L'homme qui « amena véritablement la Gaule au Christ » fut saint Martin, évêque de Tours de 372 à 397. C'est lui qui a fixé les destinées et assuré le triomphe du christianisme gaulois.
Vers l'an 400, au moment où allaient commencer les grandes invasions, la Gaule était chrétienne, et son Eglise, par sa hiérarchie et son organisation constituait une société admirable qui devait seule subsister dans l'Empire en dissolution. « On ignore à quelle époque les premiers missionnaires chrétiens arrivèrent en Rouergue. Ce ne fut certainement pas avant la seconde moitié du IIIe siècle .En tout cas, l'apostolat de saint Amans que la tradition considère comme le premier évêque de Rodez ne saurait être antérieur à l'édit de Milan (3I3)... Saint Amans, s'il est vraiment le premier apôtre des Ruthènes, a donc vécu au plus tard dans la seconde moitié du IVe siècle » (1). Quoi qu'il en soit, l'œuvre d'évangélisation se poursuit activement au Ve siècle dans les paroisses rurales. A ces données générales le Cartulaire de l'abbaye de Conques apporte un document précieux pour notre histoire locale. Par la charte du 23 août 838, Pépin, roi d'Aquitaine, confirme au monastère les donations précédentes et l'enrichit de nouvelles possessions parmi lesquelles Flagnac avec ses trois anciennes églises, dont l'une en l'honneur de saint Jean, l'autre en l'honneur de saint Martin (villam Flaginiacum cum tribus quondam ecclesiis, quarum una sub honore sancti Johannis, altera sub honore sacri Martini) (2). Ces églises étaient donc, au IX siècle, loin d'être récentes. Leur antiquité peut être partagée par celle du Port d'Agrès, leur voisine, donnée également au monastère de Conques dix-neuf ans auparavant, et qui avait été construite en l'honneur de saint Saturnin. Or, à cette époque, on ne changeait pas les patrons des églises. Si donc, notre paroisse était, au IXe siècle, sous le vocable du premier évêque de Toulouse, c'est qu'elle lui avait été dédiée à sa fondation. Saint Saturnin, fondateur de l'église de Toulouse dans la première moitié du IIIe siècle, termina son apostolat par le martyre. Si la date de son arrivée dans cette ville ne peut être fixée avec précision, on connaît, par contre, l'année de sa mort. Ce fut en 250 qu'il eut à rendre témoignage, à la suite de l'édit de persécution promulgué par l'empereur Dèce (3). Sur son refus de sacrifier aux dieux, on le soumit à un supplice atroce qui laissa une profonde impression dans la mémoire des premières générations chrétiennes de Toulouse. (2) Gustave DESJARDINS, Cartulaire de l'abbaye de Conques en Rouergue. Paris, Picard, 1879. (3) Sous Dèce (250-251), la persécution a duré un an et demi.
Au début du Ve siècle, un clerc toulousain, eut l'heureuse pensée de recueillir les vieux souvenirs qu'on ne cessait de se transmettre, mais qui n'auraient pas tardé à s'altérer avec la barbarie des siècles suivants, et il rédigea un récit émouvant de la mort du saint martyr. L'histoire de saint Saturnin était désormais fixée dans un texte suffisamment autorisé. Ce texte vénérable est arrivé jusqu'à nous : c'est la Passio sancti Saturnini. C'est un des plus précieux documents que nous ayons sur les origines du Christianisme en Gaule. Il reste la source unique au sujet de ce martyr. Tout est là, et ce que l'on peut trouver de plus ailleurs est sans fondement. Le nom de saint Saturnin, « la gloire de la ville de Toulouse », devint fameux dans l'Eglise entière et surtout dans nos contrées. Au VIe siècle, « saint Africain éleva une église en l'honneur de saint Saturnin sur les bords de la Sorgue, dans la viguerie de Curie (in vicaria Curiensi) ; ce lieu devint dans la suite la petite ville de Saint-Affrique » (1). Dans le diocèse de Rodez, une dizaine de paroisses l'ont pour patron. Une vénération si populaire paraît suffisante pour légitimer le choix que nos ancêtres firent de saint Saturnin comme patron de leur église. Il convient aussi de noter que le royaume Wisigoth dont la région toulousaine était le centre prolongea sa domination en Rouergue du Ve siècle jusqu'au début du VIIe.
Sous la dépendance des abbayes de Conques et de Figeac
Fondé entre 790 et 795, suivant plusieurs historiens, le monastère de Conques aurait reçu la visite de Charlemagne, mort le 28 janvier 814. Son fils Louis le Débonnaire, devenu roi de France, enrichit l'abbaye de nombreuses fondations. Donnée à Aix-la-Chapelle, le 8 avril 819, la charte où elles sont consignées, après avoir raconté la fondation du monastère, signale en détail les églises et leurs dépendances qui devinrent sa propriété : Sénérgues, Campuac, Saint-Christophe de Montignac, Garcangas avec la cour de Gamalerie (2). De même « une autre église à Port d'Agrès construite en l'honneur de saint Saturnin » (et aliam ecclesiam ad Portum Acri sub honore Sancti Saturnini constructam) (3). Pareillement les églises de Saint-Sauveur dans le pays des Ers (4), de Bournazel, Roussennac, Rulhe, Salvagnec, Grandvabre. Au cours du IXe siècle se produisit un événement qui changea notablement les destinées du monastère : la translation du corps de sainte Foy. Les reliques de cette jeune vierge martyrisée à Agen, sous l'empereur Dioclétien, excitèrent la convoitise des moines de Conques. L'un d'eux se rendit à Agen, demanda à être admis parmi les religieux qui possédaient le corps de sainte Foy, gagna leur confiance, déroba les reliques et les emporta à Conques pour n'en plus sortir. Le culte de l'illustre martyre acquit une prodigieuse extension. Les chemins du Rouergue, de l'Aveyron, du Quercy s'animèrent d'une vie extraordinaire et, de proche en proche, par les grandes voies, la puissance d'attraction des insignes reliques se fit sentir sur toute la Gaule. Le pèlerinage de Conques s'éleva rapidement à l'un des premiers rangs parmi les plus célèbres du Moyen Age. Les pèlerins ne se bornèrent pas à apporter de riches offrandes; ils voulurent parfois marquer leur reconnaissance par des donations de rentes foncières au monastère de Conques. Parmi les paroisses sur le terrain desquelles le Cartulaire les signale dès l'an 801, avec leur date, nous trouvons Agrès en 968. Au mois de mai, un certain Bernard et sa femme Riclende vendent à Hugues, abbé de Conques, moyennant trois muids de vin, une pièce de terre adjoignant les biens de l'abbaye au lieu dit Agrès (5). On sait qu'en plus des dépendances lointaines, le monastère possédait une grande partie du canton actuel de Conques et des cantons limitrophes : Estaing, Entraygues, Aubin, Rignac et Marcillac.
(1) Abbé SERVIERES, Histoire de l4eglise du Rouergue. Rodez, Carrère, 1874. (2) L'existence dans les environs d'Aubin d'un lieu dit Puech de Gamèle permet d'identifier Garcangas avec Galgan. (3) DESJARDIN, Cartulaire... charte 580. (4) Saint-Geniez des Ers, canton d'Estaing. (5). DESJARDIN, Cartulaire... page 230.
A l'exemple de nos rois carolingiens, les papes accordèrent à l'abbaye de Conques plusieurs privilèges, contenus dans les bulles d'Urbain II (4 mai 1099), Pascal II (24 décembre 1109) : Calixte II (17 juillet 1119), Eugène III (7 juin 1153). La bulle d'Innocent IV (1), datée du 4 des calendes de mai (28 avril) 1245 mérite une particulière mention. Elle confirme les faveurs précédemment accordées et les donations antérieures parmi lesquelles nous relevons les églises de Grandvabre, Montignac, Saint-Marcel, Campuac, Sénergues, Saint-Cyprien, Nauviale, Bournazel, Roussennac, Rignac, Saint-Félix, Rulhe, Firmy. Les Albres, Livinhac, Agrès, etc…C'est l'état complet des domaines du monastère au milieu du XIIe siècle, époque de son apogée.
A la fin du XIe siècle, les abbayes déjà anciennes de Conques et de Figeac étaient en profond désaccord sur la question de prééminence. Chacune fit rédiger une chronique ou brève histoire de l'abbaye des origines jusqu'à 1096. De leurs affirmations opposées s'éleva une controverse célèbre dans l'histoire de la Haute-Guyenne. Les conciles du XI siècle mirent fin aux difficultés pratiques, mais laissèrent intacte la question de droit : les annalistes du XVIIe n'apportèrent pas davantage à ce problème une solution définitive. Les auteurs de Figeac qui traitèrent l'histoire de cette ville, firent de son abbaye l'ancêtre de celle de Conques, en soutenant une thèse qui s'appuyait sur des actes fabriqués au XIe siècle par les moines de Figeac pour les besoins de leur cause.
(1) RIGAL et VERLAGUET, Notes pour servir à l'histoire du Rouergue, 1, p.. 292.
Le tribunal de l'Église et celui de l'Histoire n'eurent pas, semble-t-il, connaissance d'un document d'une importance capitale. C'est la charte en original de Pépin, roi d'Aquitaine, portant fondation de l'abbaye de Figeac en 838, précieusement conservée aux Archives de la Société des Lettres, Sciences et Arts de l'Aveyron. Son authenticité inattaquable, a permis de conclure sans hésiter à la prééminence de l'abbaye de Conques sur celle de Figeac. Au texte apocryphe de Figeac, la deuxième moitié du XIIIe siècle apporta une addition à mentionner dans notre histoire locale: A cette époque, les consuls de Figeac opéraient de continuels empiètements sur les droits des abbés du monastère toujours, soucieux d'accroître leur influence et d'étendre leurs privilèges. Pour soutenir l'édifice ébranlé de leur puissance, un paragraphe fut ajouté au texte primitif, de la fausse charte de Figeac, lequel délimite les propriétés du monastère qu'on peut ainsi résumer : « Le territoire de l'abbé s'étend de Peyrusse à Thémines (1), de Port d'Agrès à Cajarc, plus deux mille tout autour des limites réelles » (2). Nos documents confirment cette dépendance partielle. Le 17 avril 1417, Hugues de Masac et Raymond des Fraux, tous deux du mas de Fraux, paroisse d'Agrès, reconnaissent tenir cens et acapte de Bégon, abbé de Figeac, absent, représenté par Aymeric de Roquemaurel son vicaire, la totalité du mas de Fraux avec tout ce qu'il contient : maisons, terres, bois, vignes, etc... Le cens s'élève à 12 setiers seigle, mesure de Maurs, et 25 sols, 6 deniers de Cahors, 2 gélines (poules) et 200 œufs, chaque année, avec droits de lods, et ventes, investiture, toute justice. Le grain est payable à la Saint-Julien, l'argent et les gélines à la Saint-André, les œufs à Pâques.
(1) Thémines, entre Figeac et Gramat. (2) Abbé B. MASSABIE, Question de prééminence entre les abbayes de Conques et de Figeac. Figeac, veuve Lacroix et Louis Moles, 1879, p. 70. La sécularisation du monastère de Figeac qui amena la formation du Chapitre Saint-Sauveur maintint les levées jusqu'à la Révolution. En 1669, Jean Fraux, du village de Fraux, fait la levée de « la rente due à Messieurs du Chapitre Sainct-Sauveur de Figeac sur le village... qui est la quantité de huit cestiers ung quarton seigle, ung cestier froment, trois cestiers une quarte ung tiers advoine mesure de Maurs et sept vingt œufs ». Le village d'Altasserre -Basse, de notre paroisse, était également sous la dépendance de Figeac. Le 18 août 1709, « Déguerpissement fait par des habitants d'Altaserre la Vieille (Basse) et autres aux messieurs les chanoines, et autres ayant droit au Chapitre Saint-Sauveur de Figeac et à messire Victor de Moret baron de Pagas, scavoir et généralement tous les biens qui leur appartiennent aux appartenances dudit village d'Altasserre, d'autre fief appelé de Soutoulou et de la nogarède de Lafon... » En 1537, à la demande de François 1er, le pape Paul III sécularisa les moines de Conques. Le 27 août 1751, Jean Sales de la Broaldie, paroisse d'Agrès, fait l'indivis de la rente due à Messieurs les Chanoines du Chapitre de Conques. D'après les déclarations des biens et rentes nobles de la fin du XVIIIe siècle, M. Figeagol, chanoine de Conques, percevait des rentes d'une valeur de 213 livres 5 sols 6 deniers (Agrès et Saint-Santin réunis) pour le Chapitre de Conques (2).
(1) Abandon d'un fief ou d'un héritage quelconque par un propriétaire jugeant trop onéreuses les charges qui y étaient attachées. (2) Louis LEMPEREUR, Rat du diocèse de Rodez en 1771. Radez, imprimerie Louis Loup, 1906, p. 614.
Miracle de Notre-Dame de Rocamadour
En 1172, un moine au nom inconnu rédigea le recueil des Miracles de Notre-Dame de Rocamadour d'après les notes d'un notaire spécialement chargé de recevoir les dépositions des fidèles qui avaient été les sujets ou les témoins de quelque miracle de Notre-Dame. Tous ces récits peuvent trouver place entre 1172, date de la composition du livre, et 1166, date de la découverte du corps de saint Amadour. L'auteur nous dit qu'il veut raconter seulement les merveilles dont il a été lui-même témoin ou dont il tient le récit de personnes absolument sûres quelques témoignages remontent à l'année 1140. Parmi les miracles, il en est un qui nous intéresse particulièrement, car il vient des environs du Port d'Agrès. Voici, en effet, ce que rapporte le 51e récit de la première partie Jeune homme guéri de nombreuses blessures mortelles (1). « Le château de Gerle, en Rouergue, était assiégé par une bande de Basques, gent féroce et ne vivant que de rapine. Un Jeune homme plein de courage et confiant dans sa force, Géraud d'Hugues, sortit de l'enceinte du château et se jeta sans aucune prudence contre l'ennemi. Il fut immédiatement atteint d'un dard aigu qui pénétra dans l'aisselle gauche et sortit par l'aisselle droite. Ce ne fut pas assez pour ces hommes cruels de l'avoir ainsi blessé à mort, mais ajoutant une blessure à une autre, ils lancèrent contre lui un trait d'arbalète qui l'atteignit au même endroit et le traversa dans le même sens. Il tomba en invoquant le secours de la glorieuse Dame de Rocamadour qui sauve ceux qui mettent en elle son espérance. Voyant qu'aucun des siens n'osait venir à son secours, comme tout son sang s'en allait et qu'il achevait de perdre ses forces, il voulut se lever pour s'enfuir.
(1) E. ALBE, Les Miracles de Notre-Dame de Rocamadour au XIIe siècle. Texte et traduction d'après les manuscrits de la Bibliothèque nationale, Paris, Librairie Champion, 1907, pp. 158-160.
Mais un des ennemis, s'approchant avec un de ces javelots énormes qui servent pour la chasse aux sangliers, le lui enfonça entre les épaules avec une telle force que l'arme ressortit par la poitrine. Cette fois, il fut regardé comme fini et les assaillants se retirèrent, le laissant pour mort. Alors, on vit sortir du château - tels des rats qui se risquent tremblants hors de leurs tanières - les compagnons du blessé, ceux qui auraient dû venir à son aide; ils le rapportèrent derrière les murailles. Là, des chirurgiens examinèrent ses blessures et les déclarèrent mortelles; l'art humain, dirent-ils, est impuissant, le blessé ne peut être guéri que par le secours du ciel. C'est ce secours que le jeune homme attendait du Seigneur : il savait que sa généreuse Mère avait ramené beaucoup de morts à la vie; il ne doutait pas, puisqu'il vivait encore, qu'elle ne pût le ramener à la santé. Que dirai-je de plus? La foi qui était en lui comme un grain de sénevé s'exerçait et agissait, et les mérites de la Reine du Ciel, grâce à la santé de ce jeune homme recouvrée contre les prévisions humaines, allaient être loués et célébrés de plus en plus. En effet, il est guéri; il se rend au sanctuaire de la Vierge, il montre ses cicatrices, il rend les actions de grâces qu'il devait pour un bienfait aussi extraordinaire ». Les Basques dont parle le début du récit étaient des soldats d'aventure à la disposition de qui les payait, ou faisant la guerre pour leur propre compte. Peut-être ceux-ci étaient-ils à la solde du roi d'Angleterre qui, en 1163, désola le Rouergue comme il avait désolé une partie du Quercy; peut-être à la solde du comte de Toulouse contre lequel Hugues, comte de Rodez, s'était allié avec le roi d'Aragon qui lui avait donné partie de la vicomté de Carlat. C'est sûrement au « roc de Gerle », à mi-chemin du Port d'Agrès à Livinhac; près du port de Lacombe, que s'est déroulée la scène ci-dessus. Un énorme rocher présente une large plate-forme sur laquelle se dressait le château de Gerle qui gardait le passage du Lot et ses environs. Un peu plus en aval, penché sur une butte, le château de Marcenac qui dominait la rivière, en défendait l'accès du côté du sud. Le château de Gerle est mentionné au XIe siècle; sa chapelle au commencement du XIIe, d'après un compois (cadastre) aux Archives départementales. Un registre d'un moratoire de Capdenac-le-Haut de l'an 1278, qui est à la Bibliothèque Nationale, donne les noms de la famille de Gerla. Voici quelques nominations de titulaires du prieuré de Gerle. Le 30 janvier 1405, Gérai d'Espiamont, clerc du diocèse de Rodez, étudiant en Droit civil à Toulouse. La même année, permutation avec Gaucelin du Bousquet, docteur ès-lois, chanoine de l'église collégiale de l'Isle-Jourdain, diocèse de Toulouse. Le 2 janvier 1409, Durand Seyrac, clerc du bourg de Rodez, étudiant en grammaire à Toulouse, remplace Raymond de Teulat démissionnaire; le lendemain 3 janvier 1409, permutation pour le canonicat à prébende au chapitre des Aix -d'Angillon, diocèse de Bourges avec Bérenger Guilhot, licencié ès-décrets (Arch. dép. G. 151, pp. 62, 67 et 92). Le 13 décembre 1786, le prieuré simple sans résidence de Notre-Dame de Gerle, paroisse de Saint-Pierre de Saint-Santin, vacant par décès, est conféré à Jean Bouges, clerc (Arch. dép. G. 297 p. 205). Les fouilles effectuées au roc de Gerle, en 1880, firent découvrir l'emplacement de la chapelle et du cimetière où on trouva douze squelettes dont un aux proportions énormes et une épée (1).
(1) Livre de paroisse de Flagnac.
Sur le chemin de Compostelle
Le Moyen Age fut par excellence le temps des pèlerinages; les hommes du XIIe siècle ont aimé les grands déplacements : que de voyages en l'honneur des saints. Nos pères étaient tentés par l'inconnu; le danger même souvent les attirait, et le désir d'être dans le village celui qui raconterait de merveilleuses aventures. Dans ces siècles, où les livres étaient rares, on faisait asseoir au foyer le voyageur pauvre, hébergé pour l'amour de Dieu, et dont les récits, à la veillée, exaltaient les esprits. L'hôte, c'était le livre nouveau. Ces pieux voyageurs vivaient sur les routes, dans les abris de pèlerins, avec des gens d'autres provinces qui avaient d'autres coutumes et vêtements, un langage différent, mais la même foi qui fait que l'on s'entend. Qui étaient-ils? Émile Mâle a dit très joliment qu'on rencontrait sur les voies de pèlerinages « des riches, des puissants, et ceux qui n'avaient que leur âme à sauver ». Compostelle, en Espagne, était, après Rome et Jérusalem, le plus grand pèlerinage où des foules allaient vénérer les restes de l'apôtre saint Jacques le Majeur. Quatre routes conduisaient en Galice. L'une, la route de Provence, partait d'Arles et passait par Saint-Gilles, Saint-Guilhem, Toulouse. La route des Cévennes longeait Clermont, Le Puy, Conques, Moissac. Sur la troisième voie, celle de Bourgogne, étaient situés Vézelay, Autun, Limoges, Périgueux. Saint-Denis était le point de départ de la quatrième route qui passait par Orléans, Tours, Poitiers, Saintes et Bordeaux. De toutes les routes pèlerines qui sillonnaient le Rouergue au Moyen Age, la plus fréquentée fut cette via Podiensis ou du Puy, la seconde des quatre voies jacobites, celle-là même qui drainait « Bourguignons et Teutons » vers Compostelle. Héritière de l'ancienne chaussée romaine, son point de départ n'était pas le sanctuaire marial du Puy, mais la cité de Lyon, importante tête de ligne où aboutissaient des voies venant des pays du Rhin et de la Meuse, des terres d'Empire : Lorraine et Franche-Comté, de Bourgogne aussi, et par-delà ces régions, de Bavière, d'Autriche, de Suisse et d'Italie. Les pèlerins qui n'avaient ni le temps ni les ressources pour aller à Saint-Jacques de Compostelle se contentaient de pèlerinages partiels. A côté de l'église il y avait l'abbaye et l'hospice. Quels refuges rêvés pour les voyageurs assurés de trouver un sanctuaire pour prier, un dortoir pour se reposer, un réfectoire pour y prendre quelque nourriture. Parmi les étapes des « Saintjacaïres » en Rouergue, il faut noter la commanderie d'Aubrac, où se dressent encore les vestiges du grand monastère-hôpital que construisit au XIe siècle, le comte des Flandres Adalard pour l'accueil des pèlerins; puis, passant par l'église de Perse à Espalion, autre étape à Conques. Beaucoup de compatriotes ont suivi cette voie; les moines de Conques étaient les premiers à les y engager, car sainte Foy leur patronne, martyrisée à Agen le 6 octobre 303, avait une chapelle dans la basilique de saint Jacques. De Conques les pèlerins se dirigeaient sur Figeac. D'après ses notes sur les chemins de Saint-Jacques en Bas-Rouergue (Archives des Amis de Villefranche), l'abbé Mayran parle d'une voie Conques, Noalhac, La Besse-Noits, puis vers Aubin avec son hôpital pour les pèlerins, ou vers le bac de Bouillac. Nos recherches apportent une donnée qui n'est pas sans valeur; en 1678 existait un grand chemin et estrade de Conques à Figeac appelé « estrade Conquese et Figeaguese », passant par Almont, Flagnac et Agrès. De toute manière, nous étions sur une voie de pèlerinage ou dans son rayonnement.
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